archive

Mode

Employés de Liberty pour l'émission "Liberty of London"

Employés de Liberty pour l’émission « Liberty of London »

 

Une passion ce n’est pas rationnel. C’est même tout le contraire. Ma passion à moi, d’abord pour les Grand Magasins et plus largement pour la Mode, est née à la fin des années 80.

Si j’étais chez un psy, je pourrais en faire la genèse facilement. A 8 ans, je suis tombée en admiration devant une publicité à la télévision pour une marque de glace. Une femme allait chercher le dessert de ses invités dans la cuisine (de la crème glacée), elle ouvrait son frigo, et là: surprise, magie, émerveillement!! Elle s’introduisait dans son réfrigérateur et un monde entier de boules de glaces, dressées en coupes gigantesques, s’ouvrait à elle. Il lui suffisait se se servir (les coupes étaient déjà préparées) pour apporter à table. Comment expliquer que cela m’ait tant marqué? Je n’en sais rien. Mais quelques mois plus tard nous avons déménagé à Paris, dans le 17 e arrondissement, pas très loin de l’Avenue des Ternes. A l’époque l’actuelle Fnac était un Printemps, et là deuxième choc: c’était comme dans la publicité mais en VRAI! Et avec bien plus de choses que des sorbets chimiques… On ouvrait la porte et un monde merveilleux apparaissait. Ma passion pour les grands magasins était née. Très loin des notions de consommation, la petite fille que j’étais était animée par l’émerveillement, la surprise, la beauté. Ce grand Magasin était comme une planète extra-terrestre que nous avions le droit de visiter une fois par semaine.

Plus tard, j’ai découvert le BHV (mes parents faisait des travaux chez eux) que j’ai d’abord détesté: pour des enfants qui mesurent moins de 1M 50, se balader dans les allées de bacs de visses et d’écrous sans jamais pouvoir atteindre la surface et voir ce qu’il y a à l’intérieur est franchement ennuyeux. Les travaux terminés, c’est la Samaritaine ses escaliers et son vieux parquet que nous avons fréquentés. Puis les Galeries Lafayette, le Printemps et le Bon Marché vers l’adolescence. j’étais contaminée, mais pas encore conscience que j’allais en faire mon métier.

C’est en Faculté, en Maitrise d’Histoire et de Sociologie que les choses se sont concrétisées. A Nanterre en 2003, les étudiants de Sciences Humaines étaient plutôt animés par la chute du capitalisme (qu’ils prédisaient imminente) et les chansons de Manu Chao. Je faisais un peu figure de « cas à part » avec ma passion de la mode. Cela n’a pas échappé à Michel Lescure, mon maitre de Maitrise qui m’a proposé un sujet en or:  Il avait un partenariat avec PPR et chaque année, il envoyait un étudiant explorer un fond d’archives vierge d’une des marques du groupe. Et cette année c’était le Printemps. Voici comment j’ai travaillé pendant 6 mois sur les merveilleuses archives commerciales du Printemps des années 20 et 30 et écrit ma maitrise sur les prémisses du prêt-à-porter à l’entre-deux-guerre. Six mois à se promener dans les lieux cachés et secrets du Printemps: les sous-sols labyrinthes, le couloir de verre qui entoure la coupole, et ces employés si fiers d’y travailler. Bref, j’avais les grands magasins dans la peau, cette fois pour la vie.

Quelques temps après je suis devenue l’acheteuse que je suis aujourd’hui. D’abord pour Neiman Marcus, puis aux Galeries Lafayette et au Bon Marché. Mes voyages m’ont fait découvrir pléthore d’autres Grands-Magasins, et je gardais le souvenir de chacun précieusement, comme une collection de cartes postales.

Lors d’un récent voyage à Londres j’ai découvert que la télé réalité pouvait être passionnante. Sur la Channel 4, le programme « Liberty of London » dévoile les dessous du magasin historique londonien en mettant ses employés sur le devant de la scène. Et ça fonctionne!La scène où la standardiste se demande qui peut bien être ce Pharell qui vient faire une séance de photos est juste hilarante. En réalité, le programme met en exergue la grande problématique des grands magasins: comment faire cohabiter son capital historique et culturel tout en étant résolumement contemporain et surprenant? Dans la même veine la série Mister Selfridges raconte la création du magasin éponyme. Un mélange parfait de Downton Abbey et d’Au Bonheur des Dames! Les années ont passé, mais comme dirait Tancrède dans le Guépard: Tout change, rien ne change. La publicité Motta était pleine de bon sens: les clients souhaitent passer la porte d’un grand magasin-comme cette brave femme passait la porte de son frigo-et découvrir un monde merveilleux, que l’on peut toucher et surtout dont on peut rapporter un morceau chez soi.

Publicité Carte d’Or de Motta

RDuJour.com-Saint-Laurent-Pre-Fall-2013-Campaign-Courtney-Love-Marilyn-Manson-Kim-Gordon-Ariel-Pink-03

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis quelques jours, les injures défilent sur le net. Comment Hedi Slimane a t’il pu choisir comme égéries pour Yves Saint Laurent, la marque dont il est Directeur Artistique (et qu’il a rebaptisé Saint Laurent Paris), Courtney Love, Marilyn Manson ou bien encore Kim Gordon? On crie au blasphème. Comment est-il possible de trainer aussi « bas » le nom du défunt couturier? Mais de quoi parle t’on ici exactement?

Dans un premier temps, cette campagne m’a dérangé moi aussi. Mais pas pour les mêmes raisons. Je n’y reconnaissais pas les icônes de rock avec lesquelles je m’étais construite. Marylin Manson a l’air bien sage dans son appartement à moulures blanches, et il manque cette dimension « je m’habille avec n’importe quoi, et ça a une gueule folle » à Courtney et Kim.

J’étais adolescente dans les années 90, et j’ai complètement embrassé le mouvement grunge. Kim Gordon et Courtney Love étaient mes modèles, au moment même où la mode ne mettait en exergue que des Claudia Schiffer ou autre Naomie Campbell. Et le commun des mortels s’accordera  pour dire qu’à cette époque, ces deux mondes là ne se mélangeaient pas. Pire: ils se haïssaient.

Cependant il faut admettre que si la mode n’était qu’un éternel hommage esthétique à des créations d’une époque révolue, elle serait plutôt barbante et complètement futile. Et j’aurais honte d’y travailler depuis de nombreuses années. Je reste persuadée que la Mode est, comme l’Art ou la Musique, un moyen de synthétiser une époque.

J’avais déjà cité cette phrase de l’artiste plasticien Paolo Pasolini: «Il faut croire en la formidable force révolutionnaire du passé ». Autrement dit, il y a des forces du passé qu’il faut savoir ressortir, au bon moment, et qui peuvent nous faire avancer. Le mouvement grunge – puisque c’est de cela dont il s’agit ici- en fait il partie? Si je devais simplifier le mouvement grunge, je dirais que c’est un énorme bordel de trucs moches. Les thèmes des chansons étant « la dépression », « la drogue », « la mort », « la désillusion de la société de consommation ». Mais ce qu’il y a de totalement paradoxal avec ce mouvement, c’est qu’il fait « du beau avec du laid » : il réussit à dégager de tout cela une formidable ENERGIE. Et, depuis que je suis rentrée en France, j’ai bien l’impression que l’énergie est ce qui nous fait le plus défaut.

Oui, cela me fait un peu mal de voir mes icônes « authentiques » mercantilement placardées sur des campagnes publicitaires. Mais ne nous méprenons pas. Une campagne de Saint Laurent n’est pas comparable à une campagne d’une grande marque de distribution. Elle est là pour donner un ton, pas pour vendre. Alors une fois la mésalliance digérée, je vous invite à découvrir l’univers esthétique et musical de ces artistes, et si vous avez envie de « pogoter » ou de vous dandiner, c’est que le grunge n’est pas complètement enterré.

catphoto

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La légende veut que le jeune Hans Stern, fraichement débarqué d’Allemagne au Brésil dans les années 30, vendit son bel accordéon Hohner (pour 200 dollars) afin de monter sa société éponyme, H.Stern. Le symbole est fort, car il s’agissait du seul souvenir de son pays d’origine. Mais il a eu le courage de tout lâcher, de quitter sa « béquille » pour se lancer dans le nouveau monde. Bel exemple, surtout quand on sait aujourd’hui qu’H.Stern est le joyau du luxe Brésilien, et qu’il brille dans le monde entier.

Il aura fallu que j’attende la trentaine (et d’habiter le Brésil), pour comprendre la dimension symbolique du bijou, et plus généralement de la pierre et des métaux précieux.

Un jour, je suis passée devant la boutique du célèbre bijoutier de la rue Garcia d’Avila à Rio. Il y avait en exposition un énorme cristal de roche brute. Automatiquement cela m a fait penser à la Kryptonite de Superman, cette pierre issue de sa planète Krypton, qui est son talon d’Achille. Symboliquement pour Superman, cette pierre lui rappelle son origine, mais surtout que, tout puissant qu’il est, sa planète est plus forte que lui.

Ainsi, porter ou posséder des bijoux, ce n’est pas uniquement avoir quelque chose de très cher et de très beau: c’est d’abord un morceau brute de notre planète. La pierre est ensuite taillée et sertie, mais non transformée. Le lien entre le bijoux et notre planète Terre est plus facile à faire au Brésil, où la Nature crie son nom à chaque coin de rue. Trouvées principalement dans dans les mines de l’état du Minas Gerais, les pierres d’ H.Stern sont belles, pleines de force et de couleurs, emblème magique de ce pays merveilleux. Loin du poids de la tradition des bijoutiers Européens, H.Stern ose un style neuf, imitant souvent la végétation. Il propose des collections en collaboration, les plus célèbres étant celles d’Oscar Niemeyer et de Diane Von Furstensberg. Le Musée de la marque est ouvert au public, c’est d’ailleurs le 4 ème site le plus visité de Rio…Tourmalines, Emeraudes ou Topazes, ces demoiselles sans âges ont déjà fait tourner bien des têtes.

J’aime l’histoire d’H. Stern car elle symbolise bien le Brésil, mélange d’une terre pleine de richesses et d’hommes venus de partout pour la travailler. Au moment où j’écris ces lignes, mon père est venu me déposer sur mon bureau un écrin. A l’intérieur, une bague sertie d’une Aigue Marine. Je ne l’avais jamais vue. La pierre a été achetée chez Stern à Rio, par mes grands parents, à une époque où déjà  ma famille avait un lien fort avec le Brésil. C’est un trésor, mais surtout un souvenir, qui n’a pas pris une ride. En essayant la bague je regarde ma main, et je me dis que je suis la troisième génération à la porter, et que derrière moi il y aura sans doute une quatrième ou une cinquième génération. Cette pierre c’est un peu ma Kryptonite à moi, elle me rappelle mon origine, l’histoire de ma famille, mais en même temps je sais qu’elle est présage d’avenir car, vraisemblablement, elle me survivra…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

%d blogueurs aiment cette page :