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Cinéma

Depuis une dizaine de jours, se tient le festival du film du film de Rio. Une sorte de mini « Cannes » version Brésil, soit une ambiance détendue, des gens souriants et des fêtes sympathiques. J’y ai découvert le documentaire de Patricia Faloppa et Mauricio Branco sur le Rio, disco, des années 70. Tout simplement incroyable.

Pendant quelques années, à la fin de la décennie 70, Rio a délaissé ses petits pas de Samba pour de grandes enjambées, ses plumes de Carnaval pour des chemises synthétiques effet satin. On sentait arriver la fin de la dictature militaire, il fallait faire venir un vent nouveau, marquer la transition. Notre Régine nationale est d’ailleurs venue ouvrir un Régine Carioca, dans l’hôtel Méridien. Alain Delon, Mick Jagger, tous, sont venus se dandiner dans ces nouvelles discothèques.

Ma découverte « coup de coeur » reste cependant le groupe As Frenéticas. En 1976, des promoteurs construisent le shopping mall du quartier de Gavéa. Pour créer le buzz avant l’ouverture, ils décident d’ouvrir un club éphémère pendant les travaux. Le Dancing Days était né, haut lieu des nuits Cariocas pendant seulement…3 mois. Le fondateur avait eu l’idée géniale de n’engager que des serveuses ( en portugais on dit garçonete, ce mot est si mignon…) qui savaient chanter. Au milieu de la nuit, elles se réunissaient et se mettaient à performer, avant de retourner servir. Mais rapidement, le spectacle du Dancing days est devenu un des plus connus de Rio .. et du pays entier! Et les Freneticas sont passées de l’ombre  du stromboscope à la lumière du grand jour. Encore aujourd’hui, nous dansons sur le fameux Perigosa dont les paroles sont à mourir de rire : Eu vou fazer você ficar muito locou …dentro de mim, autrement dit «  je vais te rendre fou… quand tu seras en moi.. »

C’est difficile d’imaginer le courage qu’il a fallu à cette génération pour s’émanciper. La société  Brésilienne de cette époque était extrêmement coercitive. Pourtant, une faille s’est ouverte, et les Cariocas s’y sont vite glissés, profitant de l’amour libre, des drogues en tout genre, des pistes de danse  du Dancing Days, relançant Rio comme haut lieu de la fête, du divertissement et de la culture.

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Si mon amie B ne m’avait pas rabâché les oreilles avec le Musée Carmen Miranda de Rio, je n’y serais probablement jamais allée. Mais après son départ, c’est vite devenu mon obsession. D’abord par ce que j’avais de Carmen le doux souvenir d’un ballet de bananes géantes ( The lady in the tutti frutti hat), et ensuite par ce que c’est un musée loufoque, complétement décrépi et que tout le monde se moquait gentiment de cette nouvelle lubie.Effectivement, de l’extérieur on dirait la carcasse abandonnée d’une soucoupe volante et l’intérieur ressemble au hall d’entrée de la MJC de Brétigny-Sur-Orge : pas vraiment l’idée qu’on se fait du Musée d’une star internationale.Il y a peu de pièces d’origine, l’éclairage est atroce et on regarde un DVD qui saute sur des chaises en plastique.Mais qu’importe, ce qui compte c’est l’expérience de la démarche : je suis allée à la rencontre de Carmen Miranda.

Regarder une comédie musicale de «  la Bombe brésilienne » c’est un peu comme regarder un Jackson Pollock pour la première fois. En mieux. D’abord il y a ce petit bout de femme (1m 53) à l’énergie atomique. Ses chansons si gaies, son sourire, ses clins d’œil, ses mimiques. Puis il y a le style. Inimitable. Oui, bien sûre Carmen Miranda était populaire aux Etats Unis par ce qu’elle était exotique. Mais son style dépasse largement le costume folklorique. C’est une explosion d’imprimés, sequins, plumes, colliers et bracelets qui scintillent dans cette si jolie image vintage des années 40.

Je suis très surprise que Carmen Miranda n’ait pas encore eu sa « Biopicture » Surtout que sa vie vaut largement le détour. Portugaise émigrée dès l’enfance au Brésil, elle devient très jeune « uma figura Carioca » grâce à un radio crochet. En 1939, un producteur américain la remarque et la fait débarquer à Hollywood. S’en suivent pléthore de films et de comédies musicales. Nous sommes en pleine Seconde Guerre Mondiale, le public Américain a besoin d’un « entertainment » joyeux et coloré. De plus, célébrer une star Sud Américaine permettait de sceller dans la bonne humeur la récente très bonne entente entre les Etats-Unis et le Brésil.Mais il y a aussi une partie « off » parfois très drôle : Carmen s’était fait refaire le nez de manière catastrophique. Comme elle enchainait un nouveau film dans la foulée et n’avait pas le temps de se faire réopérer, elle porta un nez postiche camouflé sous une épaisse couche de maquillage pendant tout le tournage. A côté de cette anecdote, le sixième orteil de Marylin fait pâle figure.

Le côté sombre de ce «  joyau brésilien » c’est une vie privée impossible. Plus de deux spectacles par jour pendant des années, des voyages à répétition et l’enfermement dans des rôles stéréotypés la plongent dans la dépression puis l’alcool et les médicaments. Elle meurt prématurément d’une crise cardiaque à seulement 46 ans. De Beverly Hills son corps fut rapatrié ici à Rio, où 500 000 personnes suivirent le cortège en chantant ses succès…

J’aurais bien aimé que Carmen Miranda vieillisse. Je suis sûre qu’elle serait devenue une icône de mode. Une sorte d’Iris Apfel version Amérique Latine. J’aurais adoré la rencontrer à 90 ans avec des turbans colorés dans les cheveux et des dizaines de rangées de colliers autour du cou. Elle aurait encore certainement ses compensées en plexiglass et un rouge à lèvres explosif habillerait son merveilleux sourire. Je l’imagine volontiers exploser de rire en me hurlant : «  Banana is my business ! ». Rien qu’en y pensant je sens mes joues se tirer et mes dents prendre la lumière: merci Carmen j’ai le sourire « Banane » pour la journée …

Documentaire sur Carmen Miranda de Helena Solberg : Carmen Miranda : Banana is my Business

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