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Archives Mensuelles: janvier 2013

Comme on peut l’entendre dans son flow, j’ai croisé C.Sen à Rio. Comme moi, il fait partie des Pariocas, cette bande hilarante de Brésiliens et de Français, qui ont refusé de choisir entre Paris ou le Brésil.

Je l’ai connu lui, avant de connaitre ses textes. Avec son sourire en coin, et sa paupière toujours prête à dégainer un clin d’oeil. Attention, Pierre est un tombeur, EXACT, et ça claque dans son titre merveilleux Le Bonheur des Dames. A l’aise au Baron comme dans une Favela (en doudoune ou en tong), il charme : c’est dans sa nature.

Mais à l’intérieur de sa « tête de Sharpei », ça bouge, ça klaxonne et ça fusionne, comme à l’heure de pointe Place de Clichy. Ses sentiments, ses mots, et ses images circulent densément dans sa boite crânienne, et sa plume nous fluidifie tout ce trafic. Il nous offre un rap qui trotte dans la tête, doux et dur à la fois. Et oui, le rythme habite son cerveau et son coeur. C.Sen plie le texte à sa mesure, et maîtrise parfaitement la prosodie de ses mots. il les choisit autant pour leur sens que pour leur musicalité. Il me rappelle feu notre ami à tête de chou. Ces deux-là se seraient bien entendus.

Les influences de ses beats sont plutôt hétéroclites, assez normal pour un garçon qui voyage, malgré son ancrage dans le 18 ème arrondissement. Il observe son quartier avec tendresse, retranscrit une réalité qui n’a pas besoin de se travestir en film de guerre pour nous donner de l’action. Elégance et intégrité du bonhomme obligent. Il nous raconte aussi son autre vie, là-bas au Brésil, à côté des hibiscus et de son fils. Et puis, avec beaucoup d’humour il se décrit par antagonisme ( titre A l’Envers). A l’écoute de ses beats et des ses samples, j’ai voyagé dans ma propre adolescence, bercée de Wu Tang Clan, de Bérurier Noir et de Beastie Boys. J’ai même cru y entendre un accordéon de Forro Brésilien.

Ce disque, c’est une jolie courbe ayant pour ordonnées un axe entre deux âges, et en abscisses un axe entre deux hémisphères. En écoutant Le tunnel coincée dans ma rame de métro, je me suis baladée, dans le temps et dans l’espace, laissant derrière moi les tristes galeries de la ligne 13. Pierrao – ça veut dire « le grand Pierre », son surnom au Brésil-, c’est mon voisin de Paris et de Rio. Il me parle de la ligne 2, du Bus 31 et de Barbes. Sauf que lui, « au bout du tunnel de RER, il aperçoit le Pain de Sucre ».

Il explique à la claustrophobe que je suis, qu’un tunnel n’est pas qu’un endroit sombre et étriqué. Il permet de créer un chemin (entre Rio et Paris?), là où il est difficile de se construire une autoroute…

Ses disques sont en vente sur Itunes ( achetez-les: c’est moins cher qu’une caïpirinha à Paris)

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