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Archives Mensuelles: décembre 2012

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Oscar Niemeyer a fermé les yeux le 5 Décembre dernier. J’étais dans l’avion, quelque part entre Rio De Janeiro et Paris. Il avait 104 ans, et aurait eu 105 ans le 15 Décembre. Disons qu’il était dans sa 105 ème année, tant le chiffre 5, avec ses jolies formes lui correspond mieux…

Inutile de présenter le célèbre architecte, beaucoup d’éloges lui ont été rendus ces dernières semaines. On lui doit la construction de Brasilia bien entendu (la ville sortie de nulle part), mais aussi le Musée d’Art Contemporain de Niteroi, le siège du Parti Communiste à Paris ou bien  l’immeuble Copan de Sao Paulo. Fortement influencé par Le Corbusier et l’architecture fonctionnaliste, il avait digéré cet enseignement pour libérer sa propre énergie. Délaissant les lignes droites, ils faisaient naitre des formes rondes, ses formes rondes, ses courbes. Niemeyer alliait la douceur de la rondeur à la dureté du béton.

« Ce n’est pas l’angle aigu qui m’attire ni la ligne droite, inflexible, dure créée par l’homme. C’est la courbe, libre et sensuelle, la courbe des montagnes de mon pays, du cours sinueux des rivières, des nuages du ciel, des vagues de la mer, du corps de la femme préférée. De courbes, est fait notre Univers. »

Finalement les contraires s’attirent, se complètent comme dans un couple. La courbe avait besoin de la force du béton et le béton de la douceur de la courbe. Cette mésalliance plutôt réussie lui permettait de faire sortir de terre nos rêves les plus fous. Une des premières fois où je me promenais sur la Orla de Copacabana ( qui représente une courbe parfaite de 6 km de long) je suis tombée en contemplation devant le bâtiment de son atelier: un immeuble fin, en double vague, face à la mer. L’idée était tendre, rassurante, envoutante.

Je me souviens aussi de cette journée d’Aout où mes amis et moi nous rendions au Musée de Niteroi. Ce vaisseau spatial était posé là, comme par magie et nous flottions autour, en apesanteur, en jouant avec le soleil. Il n’y avait pas de bruit. Niemeyer disait  » j’aime l’amitié, j’aime rire, j’aime faire des blagues ». Je crois que c’est ce que nous avons fait ce jour là.

On n’entend toujours qu’il faut lire dans les lignes de la main pour connaître son avenir. Mais au moment même où j’écris, je regarde la paume de la mienne et je n’y vois que des courbes. On dit souvent aussi que le chemin le plus simple pour arriver à destination est la ligne droite. Grâce à Niemeyer, nous pouvons dire que le chemin le plus beau est certainement celui qui emprunte la courbe.

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Crédit photo Hôtel Jules et Jim Paris


J’ai adoré le film Beetlejuice. Je sais, incontestablement cela trahit mon âge (plus de 30 ans), mais j’ai du le voir une bonne vingtaine de fois. Pour l’appeler – et faire disparaitre cet affreux- il fallait dire son  nom 3 fois. J’ai gardé cette habitude. Depuis une semaine, tous les matins, avant d’ouvrir les yeux je me dis : « Paris, Paris, Paris ». Et ça marche, puisque je me réveille avec la vue sur les toits de la ville lumière.

Mais mes yeux sont restés Cariocas. Mes habitudes aussi. La première chose qui me surprend, moi Parisienne aux pupilles neuves, c’est que tous les quartiers de Paris se ressemblent. J’avais souvent entendu des touristes dire ça, mais aujourd’hui je comprends. Paris a une véritable uniformité architecturale. Il n’y a pas d’anarchie ici, mais de la constance. Le gris, c’est chic.

J’ai gardé mon sourire, celui que vous voyez sur tous les visages des Brésiliens. Sauf que dans le métro cela porte à confusion, d’où des réponses salaces de types un peu pervers qui me le rendent avec un clin d’oeil, voire une mimique un peu cochonne que je ne peux heureusement pas décrire par l’écriture. Je dois avoir l’air idiote avec cette joie de vivre collée sur ma tête, encore trop bronzée. Je me réjouis de tout, je savoure chaque rencontre. Tout est beau, soigné, sophistiqué. J’ai découvert la Gaité Lyrique qui est un lieu sublime, mais malheureusement pas de Caipirinhas au bar, même pas un morceau de citron pour décorer mon Gin Tonic! Mais le Champagne a le goût de Champagne, le vrai, pas le « espumante », je l’ai appris un peu à mes dépends….

Quand je vois quelque chose bouger sur les trottoirs mon premier réflexe -apeuré-est de penser qu’une « baratta » (cafard énorme) vient de passer. Mais non, il s’agit juste d’une feuille morte. Je dis « obrigada » avant de dire merci,  « com licenca » à la place de « excusez-moi » et « ta » pour dire « d’accord ». Je dois me mettre à jour, car ça y est on redit « t’as pas 50 balles », et ça veut dire 50 Euros et non 50 Francs… Mais je vais avoir beaucoup de mal à l’utiliser cette expression.

La grande question est comment partager cette nouvelle énergie? Se réadapter sans perdre ce que j’ai gagné. Ne plus jamais retrouver l’attitude blasée des Parisiens. Savourer chaque instant: Rire, Manger, Danser, Aimer.

Le soir je fais la démarche inverse. Je me dis  » Rio, Rio, Rio ». Mais plus besoin d’avion. Rio est en moi, pour la vie. Je sens mon coeur battre aussi fort que la batucada. C’est une nouvelle version de moi qui est rentrée, plus intense…. Obrigada meu Rio!

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