Il était une fois, les Japonais du Brésil

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De part son histoire, le Brésil est une terre d’immigration. Pourtant, l’émigration des Japonais au Brésil me touche et m’émeut plus que les autres. Peut-être par ce que je connais le Japon, et sa culture si particulière. Et que je sais à quel point elle est éloignée de celle des Brésiliens. J’imagine que  le voyage a du être difficile ( depuis l’autre bout du monde, 50 jours par bateau à l’époque des premiers migrants) l’apprentissage de la langue pénible, et le choc culturel conséquent.

La plus importante immigration au Brésil date du 16 e siècle, avec les Portugais bien entendu. Puis vinrent les Italiens, les Libanais, les Allemands et… les Japonais. En effet, les Brésiliens issus de l’émigration Japonaise représentent 1,6 millions de personnes. Sao Paulo compte la 1 ere communauté Japonaise au monde hors du Japon. Il y a même un « Musée de l’immigration Japonaise » à Liberdade au centre de SP, que je suis allée visiter hier. Ce musée est un peu vétuste, mais terriblement émouvant. Je le conseille.

Il faut comprendre que le développement économique du Japon ne s’est fait qu’après 1950. Avant, le Japon est pauvre, et l’immigration nécessaire. Après une guerre contre la Chine à la fin du 19 è siècle, l’immigration japonaise ne pouvait plus se faire vers l’Orient et se tourne désormais vers l’Occident. En  traversant l’Océan Pacifique, les premiers migrants arrivent à Hawai, puis au Etats-Unis et au Pérou. Au même moment, le développement de la culture du café au Brésil bat son plein, et requiert une main d’oeuvre nombreuse. Grâce à un pacte commercial entre le Japon et le Brésil, les premiers migrants ( une centaine) débarquent par bateau à Santos dans l’Etat de Sao Paulo en 1908. Pendant 30 ans, des dizaines de bateaux font l’aller-retour. Les migrants pensaient revenir au pays après quelques années, mais la plupart sont restés au Brésil.

La communauté Japonaise, très soudée, s’organise vite en coopératives. Du café ils passent aux cultures de fruits et légumes. En 20 ans au Brésil, ils détiennent le quasi monopole sur les cultures maraîchères. Ils ont même importé de nombreuses variétés, comme le choux chinois, le caqui ou bien même le bambou. Pendant la seconde guerre mondiale, les Japonais se retrouvent dans une situation compliquée: en pleine guerre du Pacifique, ils sont en territoire ennemi. L’usage de la langue Japonaise est interdite, les journaux et les écoles nippons ferment.

Dans les années 50, d’autres migrants arrivent, cette fois directement dans la ville de Sao Paulo où toute la communauté s’est concentrée. Aujourd’hui, le quartier de Liberdade est entièrement Japonais. On y croise des écoles, des hôpitaux « nippons-brésiliens », et bien sûr pléthore de restaurants. La plupart des Brésiliens d’origine Japonaise ne parlent plus la langue, et ont perdu la nationalité. Ils ont des comportements plus brésiliens que japonais ( ils parlent fort, sont démonstratifs, les couples s’embrassent dans la rue ou dans le métro). Mais ils continuent à se marier entre Japonais-Brésiliens.

Dans les années 80, Le Brésil va moins bien économiquement tandis que  l’industrie Japonaise explose. Le Japon appelle alors les Brésiliens d’origine Japonaise à venir travailler, leur facilitant les démarches de visa. Seulement presque 100 ans après leur arrivée au Brésil, et même si ils ressemblent physiquement à des japonais, il  n’en sont plus. L’intégration des Brésiliens d’origine Japonaise aura été extrêmement difficile, à nouveau, comme le montre le  film Saudade de Katsuya Tomita.

Oui, l’histoire de l’immigration Japonaise au Brésil me touche car elle est « physiquement » plus visible que d’autres immigrations. Elle symbolise la difficulté à changer de monde, de vie. Elle nous interroge sur l’équilibre entre intégration et maintien de la culture d’origine. Faut il oublier d’où on vient, ou s’en souvenir au quotidien? Moi même au Brésil, je vis et partage mon quotidien avec d’autres Français. Peut-être trop d’ailleurs. Mais dans le fond, même si je ne côtoyais que des Brésiliens, je ne serais jamais une des leurs, je resterais la petite Parisienne de Rio, en somme une Parioca. Et cela me va très bien…

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