Bea Feitler, la D.A Brésilienne du Harper’s Bazaar

La grande nouvelle est tombée le 11 Octobre dernier: Carine Roitfeld devient Global Fashion Editor du Harper’s Bazaar. L’occasion pour moi de présenter une autre femme, Brésilienne, qui assura la direction artistique de cette revue considérée comme la plus importante des Etats-Unis dans les années 60/70.

Elle s’appelle Bea Feitler.

Je suis tombée récemment sur cette citation de l’artiste Italien Paolo Pasolini: « Il faut croire en la formidable force révolutionnaire du passé ». Autrement dit, pour être en parfaite adéquation avec son époque, pour être au coeur de ce qui deviendra l’Histoire de demain, pour synthétiser au plus juste l’air  du temps, il faut regarder derrière soi. La force du passé est d’autant plus puissante qu’elle est  justement portée par ce qui lui a permis d’arriver jusqu’à nous.

Un ouvrage magnifique, retraçant le travail de Bea Feitler, vient de paraitre: O design de Bea Fleiter. Entièrement édité et réalisé par son neveu Bruno Feitler, cet ouvrage n’est malheureusement disponible qu’au Brésil. Regarder et s’imprégner du travail de cette Carioca d’origine Allemande (de confession Juive, ses parents ont fui l’Allemagne nazie, et émigrèrent au Brésil en 1935), c’est se doter d’une puissance qui fera le langage graphique d’aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une production graphique, c’est l’agencement d’un produit contenant à la fois du texte et de l’image. C’est faire corréler un logo, une typographie, un style d’illustration, une esthétique, jusqu’au choix du papier. Car quand le mot est écrit, « il perd sa valeur musicale, il est lisible des yeux, et prend peu à peu une forme à signification plastique » (Marcel Duchamp). Le langage d’un magazine passe donc aussi par une dimension immatérielle, artistique.  Face à une oeuvre d’art, on dit souvent qu’il y a ce que l’on ressent, et ce que l’on sait (le contexte). Mais une revue n’est pas une oeuvre d’art. Une revue, s’adresse à un large public, et de l’analyse plastique on ne gardera que l’effet sensoriel.

Ce petit bout de femme à l’accent Brésilien chantant, fera la plus grande partie de sa carrière aux Etats-Unis. Elle laissa derrière elle une production graphique à la fois colossale et mythique: magazines (Senhor, Harper’s Bazaar, Setanta, Vanity Fair, Rolling Stone magazine), pochettes de disque ( l’album Black & Blue des Rolling Stone) , affiches (ballets Alvin Ailey).

Bea Feitler passe son enfance et son adolescence à Ipanema, entre les rue Barao Da Tore et Vinicius Da  Moraes. Evoluant au milieu de la jeunesse dorée de Rio, elle se tourne naturellement vers des études artistiques. Elle choisira le graphisme, car « cela faisait plus appel aux formes et aux couleurs que le dessin pur ». Après sa formation à la Parson’s, elle commence à travailler à Rio, à la revue Senhor. Mais rapidement, elle trouve le travail au Brésil frustrant et retourne à New York. Après plusieurs mois de galère, elle s’apprête à repartir, quand, coup du destin, son ancien professeur de la Parsons -Marvin Israel- lui donne sa chance au Harper’s Bazaar. Elle intégrera cette équipe aux monstres sacrés : Diana Vreeland comme rédactrice de mode et Richard Avedon à la photographie. Ensemble, ils synthétiseront le langage graphique du Harper’s.

Beatriz mettait systématiquement la typographie au service de l’image. Elle demandait même souvent aux journalistes de raccourcir leur texte pour arriver au résultat qu’elle voulait obtenir. C’était un merveilleux travail d’équipe, et il a parfaitement fonctionné. Elle avait une véritable relation pédagogique avec les photographes: une maïeutique en toute sérénité, qui leur ôtait le doute. Ses grandes copines étaient d’ailleurs Annie leibovitz et Diane Arbus. C’était la grande époque du binôme dans la photo qui permettait une interaction dans les séries mode, et donnait un effet  3D au magazine, comme lorsque vous ouvrez un livre « Pop Up« .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A 40 ans, Bea découvre qu’elle est atteinte d’une forme rare de cancer de la gorge. 4 ans plus tard, elle décède à Rio, dans l’appartement familial. Son dernier travail aura été la refonte totale du Vanity Fair. Elle décédera malheureusement avant de voir son travail édité. Bea Feitler a considérablement participé à l’avancé du langage graphique des années 60 aux années 80. Son travail était pourtant totalement inconnu du territoire Brésilien, son pays d’origine. C’est chose réparée aujourd’hui, grâce  à cet ouvrage. Et puis -juste retour des choses- il y a un an sortait la première édition du Harper’s Bazaar Brésilien. Et je dois dire que c’est certainement, l’un des meilleurs magazine de mode du Brésil de ces dernières années…

6 commentaires
  1. Bonjour est ce que c est bien elle qui as fais le livre de rio de janeiro de bruce weber, et bruno feitler est sont neveux c est cela c est bien cette personne la merci matthieu

    • mraffit a dit:

      Je ne crois pas que Bea Feitler ait participé au projet « O Rio De Janeiro » Elle était déjà décédée à la parution en 1986. Mais Bruce était son ami et ancien collaborateur et je crois que le livre est dédié à Bea. Oui Bruno Feitler est son neveu.

  2. mraffit a dit:

    Je suis allée voir votre site, j’aime beaucoup votre travail Matthieu.

  3. salut mélanie, je suis tombée sur votre blog à cause de Bea et j’ai aimée tout ce que j’ai lu et vu. Moi au contraire, je suis une carioca qui aime Paris – et aussi la vie à Rio.

    • mraffit a dit:

      Merci Viviane!

      Je suis rentrée en France je vais reprendre le Blog, mais sur des sujets variés, plus uniquement sur le Brésil… j’espère que ça vous plaira toujours!

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