La face tranquille de Botafogo

Lorsqu’on m’a dit qu’on avait installé une statue géante en plein dans la baie de Botafogo, j’ai eu du mal à y croire. « Une tête, juste une tête qui sort de l’eau » me disait-on…

A vrai dire au début cette idée m’a plutôt angoissée. L’image d’une tête seule qui dépasserait du sable me faisait inévitablement penser à ce film des années 80, Furyo, où David Bowie avait été enterré vivant par les Japonais, et n’avait que sa tête blonde qui dépassait du sable. En somme, une image terrible de mon enfance que je préférais oublier. Je suis donc allée sur place, et d’une pour affronter mon cauchemar de petite fille, mais aussi par ce que je suis curieuse et que nous sommes en plein dans la semaine « Art Rio », la foire d’art contemporain Carioca.

Je suis obligée d’admettre que c’est bluffant. En me dirigeant doucement vers la plage, je me sentais happée par ce totem, qui, du haut de ses 12 mètres, se voit de loin. J’avançais, sans regarder mes pieds, mon regard ne pouvait se décoller, elle m’envoyait un message subliminal. A un moment, elle était là devant moi, et je me suis sentie envahie. C’était comme si elle transformait en ondes dans l’air les vaguelettes qui lui chatouillaient le cou. La baie de Botafogo est fermée aux deux tiers. Il y a donc très peu de mouvement dans l’eau. La mer a ici la quiétude d’un lac.

Elle s’appelle Awilda. C’est une jeune fille de 14 ans, au long visage, qui ferme les yeux. C’est une oeuvre de l’artiste espagnol Jaume Plensa, et elle va rester ainsi, au milieu des eaux, pendant deux mois. Il parait que c’est un hommage à Yemanja, la divinité aquatique issue d’une tradition religieuse Africaine. Yemanja, ici au Brésil, c’est la déesse des eaux salées, la protectrice des femmes enceintes et de tout être vivant. Je trouve cela presque étrange que ce soit un homme qui l’ait créée, tant je me suis sentie comprise en tant que femme face à cette oeuvre. De plus, quand on se retourne, on se rend compte qu’elle est face au Christ Rédempteur, qui du haut de son Corcovado, lui tend les bras. Lui est dans la force et la puissance au milieu des airs. Elle est ancrée dans le sol, à la fois dans la mer (la mère…) et dans la terre fertile. Lui dans la conquête, la force et le rayonnement. Elle dans l’apaisement, l’humilité et le calme. Comment se comprendre alors?

En quittant Awilda à la fin de la journée, je me demande comment j’ai pu me passer d’elle tant sa présence me semble évidente.

Comme le dit mon ami Jorge, « Paris et Venise sont des chefs d’oeuvre de la main de l’Homme. Mais c’est la main de Dieu qui a créé Rio ». Cette ville est un Musée à ciel ouvert, « grandeur nature », où de telles oeuvres prennent un sens quasi cosmique. Ici l’Homme, la Nature et les Divinités se disputent, se réconcilient, bref dialoguent. Ici je me sens intensément connectée aux autres, au monde naturel et au monde spirituel. Merci Rio, grâce à toi je me sens vivante, simplement.

4 commentaires
  1. Pauline a dit:

    encore BRAVO !

  2. delhoume a dit:

    un petit bout de la-bas grâce à toi ! Merci !

  3. Daneel a dit:

    Quelle beauté, que de sérénité…Elle m’apaise.

  4. Aïssata a dit:

    bel article ! merci pour la découverte de Jaume Piensa 😉

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