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Archives Mensuelles: septembre 2012

Que penser d’un garçon qui vous laisse en souvenir la carte postale d’une route sinueuse? A première vue, je dirais qu’il aime les jeux de pistes. Tant mieux, moi aussi. Surtout quand s’agit de l’Elevado do Joa ( prolongement après Sao Conrado de l’Avenida Niemeyer), cette route aux courbes sensuelles, à flanc de roche, survolant la mer. Le décor parfait d’une scène de James Bond. Ou d’un bon polar. Sur la Niemeyer on trouva d’ailleurs le corps, en 1977, de la jeune Claudia Nessin Rodrigues. Son assassin l’avait symboliquement déposé là. Laisser un corps sur une telle route, c’est un peu comme déposer un sacrifice sur un autel. Ca relève du surnaturel. Ou d’un bon sens de la mise en scène…

Je ne m’étais jamais attardée sur la beauté des routes. Mais à Rio, il y en a  deux qui me tiennent particulièrement à coeur: l’Avenida Niemeyer et le pont de Niteroi. La première fut construire en 1916, sur une ancienne voie de chemin de fer, par Conrado Jacob de Niemeyer, et non par Oscar Niemeyer… La confusion est facile. Le pauvre homme ne pouvait pas savoir qu’un homonyme lui volerait la vedette quelques dizaines d’années plus tard. La nuit, quand on l’observe depuis Joatinga, elle devient un zigzag phosphorescent. Comme si le « surfeur d’argent » était passé par la là.

L’autre route extraordinairement paradisiaque de Rio, c’est le pont de Niteroi. Une voie sur pilotis, qui traverse la baie de Guanaraba, afin de relier Rio à Niteroi. 13,3 km en apesanteur sur l’eau. La traversée est digne d’un vol d oiseau, au ras des flots, une véritable invitation au rêve, sans oublier la prouesse technique!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est évident que face à une géographie compliquée  (mer, montagnes, lagunes), les routes Cariocas peuvent difficilement être droites. Comme le disait en son époque Jean De La Bruyère, « Ce qui barre la route fait faire du chemin ». Les obstacles nous font avancer. Face à la contrainte, il faut être créatif, inventer, innover, se surpasser.

Ces routes me font inévitablement penser au chemin que je suis ne train de parcourir ici. Semé d’embuches, escarpé, sinueux, mais tellement beau. A la fin de ce parcours, je ne me dirais pas que le chemin aura été difficile. J’espère que je comprendrais, que c’est « le difficile » qui aura été le chemin.

Lorsqu’on m’a dit qu’on avait installé une statue géante en plein dans la baie de Botafogo, j’ai eu du mal à y croire. « Une tête, juste une tête qui sort de l’eau » me disait-on…

A vrai dire au début cette idée m’a plutôt angoissée. L’image d’une tête seule qui dépasserait du sable me faisait inévitablement penser à ce film des années 80, Furyo, où David Bowie avait été enterré vivant par les Japonais, et n’avait que sa tête blonde qui dépassait du sable. En somme, une image terrible de mon enfance que je préférais oublier. Je suis donc allée sur place, et d’une pour affronter mon cauchemar de petite fille, mais aussi par ce que je suis curieuse et que nous sommes en plein dans la semaine « Art Rio », la foire d’art contemporain Carioca.

Je suis obligée d’admettre que c’est bluffant. En me dirigeant doucement vers la plage, je me sentais happée par ce totem, qui, du haut de ses 12 mètres, se voit de loin. J’avançais, sans regarder mes pieds, mon regard ne pouvait se décoller, elle m’envoyait un message subliminal. A un moment, elle était là devant moi, et je me suis sentie envahie. C’était comme si elle transformait en ondes dans l’air les vaguelettes qui lui chatouillaient le cou. La baie de Botafogo est fermée aux deux tiers. Il y a donc très peu de mouvement dans l’eau. La mer a ici la quiétude d’un lac.

Elle s’appelle Awilda. C’est une jeune fille de 14 ans, au long visage, qui ferme les yeux. C’est une oeuvre de l’artiste espagnol Jaume Plensa, et elle va rester ainsi, au milieu des eaux, pendant deux mois. Il parait que c’est un hommage à Yemanja, la divinité aquatique issue d’une tradition religieuse Africaine. Yemanja, ici au Brésil, c’est la déesse des eaux salées, la protectrice des femmes enceintes et de tout être vivant. Je trouve cela presque étrange que ce soit un homme qui l’ait créée, tant je me suis sentie comprise en tant que femme face à cette oeuvre. De plus, quand on se retourne, on se rend compte qu’elle est face au Christ Rédempteur, qui du haut de son Corcovado, lui tend les bras. Lui est dans la force et la puissance au milieu des airs. Elle est ancrée dans le sol, à la fois dans la mer (la mère…) et dans la terre fertile. Lui dans la conquête, la force et le rayonnement. Elle dans l’apaisement, l’humilité et le calme. Comment se comprendre alors?

En quittant Awilda à la fin de la journée, je me demande comment j’ai pu me passer d’elle tant sa présence me semble évidente.

Comme le dit mon ami Jorge, « Paris et Venise sont des chefs d’oeuvre de la main de l’Homme. Mais c’est la main de Dieu qui a créé Rio ». Cette ville est un Musée à ciel ouvert, « grandeur nature », où de telles oeuvres prennent un sens quasi cosmique. Ici l’Homme, la Nature et les Divinités se disputent, se réconcilient, bref dialoguent. Ici je me sens intensément connectée aux autres, au monde naturel et au monde spirituel. Merci Rio, grâce à toi je me sens vivante, simplement.

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