Comment je suis devenue Burle-Marxiste

En me penchant sur la terrasse de mon ami A lors de la fête annuelle de sa société sur l’Avenue Atlantica de Copacabana, je me suis politisée: je suis devenue Burle-Marxiste. Une coupe de champagne dans une main, de la samba dans les oreilles et la vue d’un paysage urbain à couper le souffle ont eu raison de ma désinvolture militantiste . Mes camarades de la Faculté de Nanterre (bâtiment B, Sciences-Sociales) peuvent se réjouir : me voilà enfin adhérente!

Le « Burle-Marxisme » serait un concept d’architecture paysagiste moderniste fondé sur les idées de Roberto Burle-Marx ( cousin éloigné de Karl) et  brésilien d’origine allemande ( 1909-1994). Il reposerait sur la participation de « l’utilisation de la végétation tropicale comme élément de conception générale et sur la rupture de motifs symétriques dans la conception d’espaces ouverts ».

En somme, un simple trottoir devient une toile moderniste- mais en 3 dimensions- où viennent se greffer plantes et arbres dont la pousse devient partie prenante de l’oeuvre, la faisant évoluer au fil de la lumière du jour et au fil des saisons. L’oeuvre de Burle-Marx c’est un peu la « permanence de l’instable », titre de l’exposition rétrospective que lui a consacré la cité de l architecture de Paris.

C’est une oeuvre politique car elle intervient au coeur même de la Cité. Burle-Marx milite en faveur de l’importance qu’excerce l’esthétique dans la ville. L’homme qui a fait du « tropical un art » nous rappelle que, même si nos villes sont faites de la main de l’Homme elles n’en doivent pas moins oublier la Nature. La ville selon Burle-Marx serait un mythe de Narcisse inversé: dans son reflet elle verrait la Nature et non elle-même, ouvrant alors le champs à un échange permanent entre Nature et Culture.

Dans son « projet révolutionnaire paysagiste », il allierait habilement architecture et botanique. Ami et collaborateur d’Oscar Niemeyer avec lequel il réalise de nombreux chantiers (dont le Parc Ibirapuera de Sao Paulo), il effectue également pléthores d’expéditions dans la forêt tropicale brésilienne afin d’en rapporter des spécimens rares. Rien que l’idée de ce petit monsieur en tenue d’expéditeur version professeur Tournesol dans  « Tintin, à la recherche de l’oreille cassée » me fait sourire. Son ancienne  propriété de Bara Guaratiba est d’ailleurs devenue une fondation qui abrite quelques 3500 espèces et plantes. Mais Roberto Burle- Marx était aussi cuisiner, créateur de bijoux, peintre, et chanteur d’Opéra. Un être sans protocole, doté d’une sensibilité infinie alliée à une curiosité dévorante. Il nous a montré comment on peut parler du fond en travaillant sur la forme. Bref, une belle leçon d’urbanisme tropical.

Voilà, comment  je suis devenue Burle-Marxiste. Militante du Dimanche d’un projet de société qui serait une alternative à une urbanisation massive, prônant la communion de la Nature avec la Ville. Que tous ceux qui marchent en regardant leurs pieds se réjouissent: à Rio, le spectacle commence au sol, à chaque petits pas d’Havaianas sur les trottoirs de Copacabana…

2 commentaires
  1. Ta façon d’écrire et de présenter notre brésil est toujours attachante, belle, intéressante, surprenante! moi, que je le connais un peut bien, lit tes textes et découvre de belles et différentes sensations! Je suis trop contente que tu aime tellement ce grand pays ! grand de coeur, beauté et créativité! bisous, daniela

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