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Archives Mensuelles: juillet 2012

En me penchant sur la terrasse de mon ami A lors de la fête annuelle de sa société sur l’Avenue Atlantica de Copacabana, je me suis politisée: je suis devenue Burle-Marxiste. Une coupe de champagne dans une main, de la samba dans les oreilles et la vue d’un paysage urbain à couper le souffle ont eu raison de ma désinvolture militantiste . Mes camarades de la Faculté de Nanterre (bâtiment B, Sciences-Sociales) peuvent se réjouir : me voilà enfin adhérente!

Le « Burle-Marxisme » serait un concept d’architecture paysagiste moderniste fondé sur les idées de Roberto Burle-Marx ( cousin éloigné de Karl) et  brésilien d’origine allemande ( 1909-1994). Il reposerait sur la participation de « l’utilisation de la végétation tropicale comme élément de conception générale et sur la rupture de motifs symétriques dans la conception d’espaces ouverts ».

En somme, un simple trottoir devient une toile moderniste- mais en 3 dimensions- où viennent se greffer plantes et arbres dont la pousse devient partie prenante de l’oeuvre, la faisant évoluer au fil de la lumière du jour et au fil des saisons. L’oeuvre de Burle-Marx c’est un peu la « permanence de l’instable », titre de l’exposition rétrospective que lui a consacré la cité de l architecture de Paris.

C’est une oeuvre politique car elle intervient au coeur même de la Cité. Burle-Marx milite en faveur de l’importance qu’excerce l’esthétique dans la ville. L’homme qui a fait du « tropical un art » nous rappelle que, même si nos villes sont faites de la main de l’Homme elles n’en doivent pas moins oublier la Nature. La ville selon Burle-Marx serait un mythe de Narcisse inversé: dans son reflet elle verrait la Nature et non elle-même, ouvrant alors le champs à un échange permanent entre Nature et Culture.

Dans son « projet révolutionnaire paysagiste », il allierait habilement architecture et botanique. Ami et collaborateur d’Oscar Niemeyer avec lequel il réalise de nombreux chantiers (dont le Parc Ibirapuera de Sao Paulo), il effectue également pléthores d’expéditions dans la forêt tropicale brésilienne afin d’en rapporter des spécimens rares. Rien que l’idée de ce petit monsieur en tenue d’expéditeur version professeur Tournesol dans  « Tintin, à la recherche de l’oreille cassée » me fait sourire. Son ancienne  propriété de Bara Guaratiba est d’ailleurs devenue une fondation qui abrite quelques 3500 espèces et plantes. Mais Roberto Burle- Marx était aussi cuisiner, créateur de bijoux, peintre, et chanteur d’Opéra. Un être sans protocole, doté d’une sensibilité infinie alliée à une curiosité dévorante. Il nous a montré comment on peut parler du fond en travaillant sur la forme. Bref, une belle leçon d’urbanisme tropical.

Voilà, comment  je suis devenue Burle-Marxiste. Militante du Dimanche d’un projet de société qui serait une alternative à une urbanisation massive, prônant la communion de la Nature avec la Ville. Que tous ceux qui marchent en regardant leurs pieds se réjouissent: à Rio, le spectacle commence au sol, à chaque petits pas d’Havaianas sur les trottoirs de Copacabana…

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour se rapprocher, le Brésil et la France ont entrepris de tisser une toile commune. Ainsi, le salon Première Vision ( salon mondial de tissus) s’exporte à Sao Paulo deux fois par an depuis de nombreuses saisons. Cette année, L’Institut Français de la Mode était un invité privilégié: l’IFM comptait Laurent Cotta dans sa délégation, conservateur au Musée de la Mode de Paris ( Musée Galliera) chargé du département de la Mode Contemporaine. A travers un cycle de conférences, au sein même du salon, mais aussi à la prestigieuse université PUC de Rio, il rappela l’importance de l’étoffe dans l’Histoire de la Mode, son lien privilégié entre la matière et la forme, son rôle d’inspiration pour le rendu final… D’un point de vue « d’économie créative » on saisi alors l’importance de l’échange, du partage entre les différents pays. Chaque région du monde a une tradition textile, et faire de la mode à un endroit du globe, c’est aussi puiser, voyager, fouiner, dénicher partout ailleurs! Créer une collection, c’est dialoguer avec le reste du monde pour marquer son époque dans une unité de lieu et de temps.

Cette année encore, la Fashion Week de Sao Paulo offrait un paysage étendu d’innovation textiles: formidables impressions de paysages version sépia chez Osklen, étoffes en volume chez Amapo, mélange de matières chez Reinaldo Lourenco ou imprimés lumineux chez Neon ( dont le défilé était en extérieur, laissant la lumière brésilienne exploser sur ces merveilleux dessins).

Seulement la Mode Brésilienne écume de plusieurs difficultés: des saisons inversées avec l’Hémisphère Nord, des taxes lourdes à l’importation de matières premières  font partie des quelques travaux herculiens qu’elle doit braver pour gagner la place mondiale qu’elle mérite. Apprendre à articuler et à garder une forte créativité autour de contraintes économiques pesantes est une problématique récurrente, que la Mode Française connait depuis des décennies.

Comme le fil qu’Ariane donna à Thésée pour se sortir du labyrinthe où le Minos l’avait enfermé, la Mode Brésilienne doit trouver le fil qu’elle dévidera pour se sortir des contraintes qui l’empêchent aujourd’hui de rayonner. Ce fil, à travers la trame de l’amitié franco-brésilienne, deviendra je l’espère une jolie toile entre nos deux pays, premier métrage  d’un dialogue infini entre savoir-faire et merveilleuse créativité.

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