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Archives Mensuelles: juin 2012

 

 

 

 

 

 

Cette semaine j’ai déménagé. J’ai quitté le quartier d’Arpoador  pour celui de  Copacabana. J’ai troqué le poumon végétatif de Rio pour son poumon architectural. Mais je ne changerai pas le nom du blog. Il restera Arpoador-Batignolles. Arpoador c’est mon premier point d’ancrage à Rio, un peu comme mon nom de famille Carioca… Et oui, un quartier c’est un peu comme la famille… Il y a celle qui vous accueille à votre naissance, et celle que vous choisissez quand vous êtes en âge de faire des choix. Et j’ai choisi « Copa« .

Copacabana c’est « la vraie ville »: les grands immeubles années 40 et 50, la queue pour traverser la rue au feu rouge, le bruit des bus, les 5 supermarchés et les 12 troquets à jus de fruits. Mais c’est aussi 6 km de plage en forme de courbe avec une vue magnifique sur le Pain de Sucre et le plus vieux Palace d’Amérique  du Sud ( Copacabana Palace). J’habite au 180 , Rue Tonelero. Quand on tape cette adresse dans Wikipédia, on découvre qu’en 1954 elle fût le théâtre d’une tentative d’assassinat contre un journaliste politique ennemi du Président Vargas. C’est idiot, mais ça  me plait. Après avoir écrit que j’aimais les villes où l’on ne subissait pas le poids de l’Histoire, me voilà « apaixonada » pour un lieu rempli de sens et d’authenticité. En somme ici c’est un peu le bon compromis entre le côté « SUR-Naturel » de Rio ( végétation et plage au milieu de la ville) et un côté plus urbain qui me ressemble. C’est le parfait équilibre entre Nature et Culture.

Voilà, à Copacabana je enfin suis chez moi.

J’ai passé la semaine dernière à Sao Paulo, où l’ABEST ( « Associaçao Brasileira de Estilistas », équivalent de la Fédération Française de la couture, du prêt-à-porter et des créateurs de mode Française) m’avait invité à participer à un salon d’un genre nouveau: le Salao +B.

Ce salon présentait de nombreuses marques Brésiliennes. Certaines très connues: Osklen, Cecilia Prado, Iodice et Jo de Mer. Mais j’ai pu en découvrir d’autres comme la marque de foulard Scarf.Me ou la marque de prêt-à-porter Wasabi.

Avant d’être un salon d’achat, ce salon était un salon « intelligent », au sens « didactique » du terme. La mode est au même titre que l’Art en général, un moyen d’expression d’une époque, d’un pays… Mais elle engage une « économie » beaucoup plus large. De la production du tissu, en passant par les usines où on la confectionne et les points de ventes elle entraîne des problématiques industrielles, commerciales et culturelles. Dans le monde entier on se pose toujours la question de savoir si la mode doit dépendre du Ministère de la Culture, de L’industrie ou du Commerce. La réponse est qu’elle participe des trois à la fois.

Raison de plus pour se poser ces questions, dans un pays en pleine explosion. Parmi les invités, Paulo Borges ( Président de la Sao Paulo Fashion Week, un peu le Didier Grumbach de la mode Brésilienne) mais aussi des journalistes ( Gloria Kalil), des Présidents de marques ( Reserva, The Craft Shoes Factory, Twins for Peace) et même le Gouverneur de l’Etat de Sao Paulo: Geraldo Alckim.

Voici le constat synthétisé. Jusqu’à présent, Il y avait relativement peu d’importations de marques étrangères et de matières premières au Brésil, les taxes à l’entrée étant prohibitives. Etant dans l’Hémisphère Sud, les saisons sont inversées. Depuis qu’elle existe, la mode Brésilienne vit un peu en autarcie sur elle même. De plus, jusqu’à récemment, l’inflation était telle qu’il était impossible d’exporter. Les top modèles Brésiliens se sont rendus plus vite célèbres à l’international que la création de leur propre pays!

Mais aujourd’hui la donne a changé: les prix sont relativement stables, et de grands groupes internationaux ( Zara, Topshop) arrivent, quitte à un peu renier leurs marges pour conquérir un marché de plus de 200 millions d’habitants dont la classe moyenne ne cesse de grandir. Les maisons de luxe et de haut de gamme arrivent aussi ( Vuitton, Hermès, bientôt Balmain). Que faire alors si l’on exporte pas ou peu sa production, et que le « moyen de gamme » ainsi que le luxe international arrivent en force?

Plusieurs réponses, parfois contradictoires, ont été apportées. Certains prônent une fabrication et une distribution 100% Brésilienne ( c’est un enjeu politique pour l’emploi et le développement du pays), d’autres prônent une ouverture. La prochaine saison, la Fashion Week de Sao Paulo se calera sur un calendrier plus international ( Octobre et Mars) et intégrera donc l’ouverture saisonnière de budget des acheteurs internationaux. Comme le disait Luc Zeltner, Directeur du magasin MERCI à Paris, l’Europe est avide d’une création nouvelle, dynamique et gaie que peut pleinement apporter le Brésil.

Le Brésil doit donc réorganiser son système de mode selon la voie organique qui lui conviendra et qui pourra permettre de digérer sereinement la concurrence internationale sur son territoire, et de partir à la conquête du reste du monde hors de ces frontières.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a 10 jours, j’ai pu assister à la Fashion Week de Rio. Tout le monde me disait qu’elle est  » toute petite » comparée à celle de Sao Paulo (qui commence le 11 Juin prochain), mais comme c’était ma première Fashion Week au Brésil, j’ai pu la regarder avec un oeil neuf. L’évènement se déroulait dans le très chic Jockey Club, tout près du quartier de Gavéa. A l’entrée, des voitures de golf vous attendaient pour vous emmener en douceur jusqu’aux sales des défilés, sans abimer vos jolis talons.

La première chose qui m’a surprise c’est que TOUT le monde a le sourire. Oui, ça peut paraître idiot pour le néophytes du monde de la Mode,  mais ceux qui connaissent l’ambiance-je-tire-la-tronche-sinon-ça-veut-dire-que-je-suis-plouc de la Fashion Week de Paris me comprendront. Ici, tout le monde avait l’air d’être ravi, discutait, rigolait, bref était heureux de vivre. Et cette ambiance se retrouve dans les défilés.

Le plus énergique, coloré, loufoque aura été Reserva. Ca commence comme un catwalk sans mannequins professionnels et ça se termine autour d’un dîner de potes improvisé! Il y avait même des enfants, des petits vieux et une femme enceinte…à hurler de rire!

http://ffw.com.br/desfiles/rio-de-janeiro/verao-2013-rtw/reserva/749654/video

 

 

 

 

 

Fashion Rio tourne beaucoup autour du beach wear. La marque la plus connue, Lenny, nous a offert un défilé de maillots type costume de gymnaste à la Nadia Comaneci, en une pièce, dans des matières merveilleusement futuristes. Ma grande préférée pour le costume de plage reste Salinas, pour les formes mais surtout les imprimés colorés, à l’exotisme revisité.

 

 

 

 

 

Ma grande découverte aura été Alessa, que je connaissais mal, mais dont le défilé m’a vraiment convaincu. Des grandes robes en soie aux imprimés « comics », en passant par des superpositions de tissu chita recolorié, cette marque est exactement ce que des acheteurs Européens viennent chercher au Brésil: une explosion d’energie.

http://ffw.com.br/desfiles/rio-de-janeiro/verao-2013-rtw/alessa/746664/video

 

 

 

 

 

 

Ma très chère Maria Bonita défilait avec sa seconde ligne Maria Bonita Extra, toujours parfaitement féminine. A noter chez elle le retour de la « trés » grande culotte de maillot de bain, dont j’ai moi même fait l’acquisition ce week-end chez Amir Slama.

Enfin, j’ai été « bluffée » par la qualité du défilé Auslander ( photo de la couverture). Et je ne dis pas cela pour flatter mes amis James Cesari et Isabel Niemeyer qui font partie de l’équipe, ils savent que si je n’avais pas aimé je n’aurais rien dit. La musique était parfaite, une bonne claque de Rock et les modèles étaient sublimes ( et connues!). Toutes avec les cheveux longs, d’une brillance à faire mal aux yeux, avec une petite vague rétro 50’s au dessus du front. Lunettes de soleil de la même époque replacées dans une ambiance « 2001 l’Odyssée de l’espace » grâce à des coupes fluides type laser et à des jeux de bandes métallisées. Chapeau bas.

Amis et anciens collègues de la Mode à Paris: je sais que les temps sont un peu durs en Europe en ce moment. J’espère que ces quelques images vous rappelleront que nous avons choisi ce métier avant tout pour la joie et qu’il peut toujours nous apporter beaucoup de bonheur!

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