Le Chita: cousin Brésilien de la toile de Jouy et du Liberty

C’est drôle comme parfois un objet, aussi simple qu’un morceau de tissu, peut porter en lui l’histoire  sociale et économique de son pays. La première fois que j’ai découvert les Chitao c’était avec C, ma ”Maman Carioca“. Elle m’avait donné ses adresses dans le Saara du Centro, sorte de grand bazar de Rio où l’on trouve des merveilles, et j’en avais rapporté des dizaines de mètres en France. Les gens qui me connaissent bien supportent mon attirance naturelle pour les couleurs et les imprimés. Le “vide me fait peur”, c’est donc tout naturellement que j’avais trouvé dans ces chaleureux imprimés une nouvelle passion.

Le Chita est au départ un tissu de coton très simple. Les caractéristiques principales sont ses couleurs vives (souvent primaires) et ses imprimés floraux exotiques. Le terme “Chita” ( dont la traduction Française est Calicot) viendrait du sanskrit Hindous et voudrait dire ” Guépard”. En effet la trame de ce tissu est apparue dans l’Inde médiévale et a été rapportée en Europe par les marchands Portugais et Hollandais. Vers 1680, la France et l’Angleterre interdisent l’importation de ce tissu et décident d’en faire une imitation: en France ce sera la toile de Jouy, en Angleterre le Liberty. Ces tissus symbolisaient parfaitement les cultures populaires de leurs pays. Les petites fleurs du Liberty rappellent le côté “bucolique à l’heure du thé” de l’Angleterre, tandis que les scenettes de la toile de Jouy nous plongent dans une France rurale “légèrement” fantasmée.

Le Chita arrive au Brésil avec les Portugais au XIX ème, qui décident d’en faire à leur tour la production sur place : le Chita va s’adapter à son nouveau territoire. Désormais les motifs sont larges, imitant la faune et la flore du “Nordeste” Brésilien. Ils décident de le populariser : toujours en coton, la trame est moins serrée, le tissu plus léger. Des couleurs de plus en plus vives sont utilisées pour masquer les imperfections de la toile. Rapidement le Chita devient une icône de l’identité Nationale Brésilienne. Il est la fierté de la nouvelle industrie textile. Historiquement, ce tissu a suivi les grands courants de l’Histoire: ramené d’Inde aux temps des Colonies, puis pur produit de l’Industrialisation textile Anglaise et Française, enfin à nouveau exporté vers le Nouveau Brésil pour symboliser une seconde fois le fleuron d’une Industrie naissante.

Pourtant, à la fin de la Première Guerre Mondiale, le Nylon apparait et lui vole la vedette. Le Chita persiste, mais dans une voie plus ” folklorique”, utilisé  majoritairement à l’occasion de fêtes populaires.

Ainsi c’est un  humble morceau de tissu mais dont la trame, comme une sorte de code génétique, résume un passé et peut-être un avenir. En Europe la Toile de Jouy et le Liberty sont largement revenus sur le devant de la scène mode et ont dépassé les frontières de leur pays respectif. Il me tarde que leur cousin Brésilien, le Chita, fasse de même…

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