archive

Archives Mensuelles: mai 2012

C’est drôle comme parfois un objet, aussi simple qu’un morceau de tissu, peut porter en lui l’histoire  sociale et économique de son pays. La première fois que j’ai découvert les Chitao c’était avec C, ma ”Maman Carioca“. Elle m’avait donné ses adresses dans le Saara du Centro, sorte de grand bazar de Rio où l’on trouve des merveilles, et j’en avais rapporté des dizaines de mètres en France. Les gens qui me connaissent bien supportent mon attirance naturelle pour les couleurs et les imprimés. Le “vide me fait peur”, c’est donc tout naturellement que j’avais trouvé dans ces chaleureux imprimés une nouvelle passion.

Le Chita est au départ un tissu de coton très simple. Les caractéristiques principales sont ses couleurs vives (souvent primaires) et ses imprimés floraux exotiques. Le terme “Chita” ( dont la traduction Française est Calicot) viendrait du sanskrit Hindous et voudrait dire ” Guépard”. En effet la trame de ce tissu est apparue dans l’Inde médiévale et a été rapportée en Europe par les marchands Portugais et Hollandais. Vers 1680, la France et l’Angleterre interdisent l’importation de ce tissu et décident d’en faire une imitation: en France ce sera la toile de Jouy, en Angleterre le Liberty. Ces tissus symbolisaient parfaitement les cultures populaires de leurs pays. Les petites fleurs du Liberty rappellent le côté “bucolique à l’heure du thé” de l’Angleterre, tandis que les scenettes de la toile de Jouy nous plongent dans une France rurale “légèrement” fantasmée.

Le Chita arrive au Brésil avec les Portugais au XIX ème, qui décident d’en faire à leur tour la production sur place : le Chita va s’adapter à son nouveau territoire. Désormais les motifs sont larges, imitant la faune et la flore du “Nordeste” Brésilien. Ils décident de le populariser : toujours en coton, la trame est moins serrée, le tissu plus léger. Des couleurs de plus en plus vives sont utilisées pour masquer les imperfections de la toile. Rapidement le Chita devient une icône de l’identité Nationale Brésilienne. Il est la fierté de la nouvelle industrie textile. Historiquement, ce tissu a suivi les grands courants de l’Histoire: ramené d’Inde aux temps des Colonies, puis pur produit de l’Industrialisation textile Anglaise et Française, enfin à nouveau exporté vers le Nouveau Brésil pour symboliser une seconde fois le fleuron d’une Industrie naissante.

Pourtant, à la fin de la Première Guerre Mondiale, le Nylon apparait et lui vole la vedette. Le Chita persiste, mais dans une voie plus ” folklorique”, utilisé  majoritairement à l’occasion de fêtes populaires.

Ainsi c’est un  humble morceau de tissu mais dont la trame, comme une sorte de code génétique, résume un passé et peut-être un avenir. En Europe la Toile de Jouy et le Liberty sont largement revenus sur le devant de la scène mode et ont dépassé les frontières de leur pays respectif. Il me tarde que leur cousin Brésilien, le Chita, fasse de même…

 

 

 

 

 

Il y a des sujets d’épreuves qui vous marquent plus que d’autres. Quand j’ai passé le concours d’entrée de L’institut Français de le Mode je me souviens avoir eu à l’oral « La Mode et le Sport ». Ce dernier sujet m’avait donné pas mal de fil à retorde, et depuis cette réflexion m’obsède. La corrélation ( pas toujours évidente) entre le monde de la mode et du sport me donne l’occasion de  présenter et d’expliciter la marque Osklen.

Osklen fait la fierté des Cariocas dans le monde.  Pourtant cette marque est un peu « difficile » à cerner pour les Français. C’est un OVNI de la mode made in Brasil qui mérite d’être analysé. Créée en 1989, la marque compte aujourd’hui 32 magasins dans le monde dont 26 au Brésil. Plutôt masculine et autour du surfwear au départ, c’est aujourd’hui une marque globale Homme et Femme, avec des collections d’accessoires, des collections enfant et quelques capsules et collaborations.

Il y a autour d’Osklen une « philosophie de vie« , car gravitent autour de la marque deux associations: Instituto-E, sur l’insertion professionnelle et le développement durable et E-fabrics, sur la recherche et le  développement de nouveaux matériaux textiles.

Son fondateur, Oskar Metsavaht est une figure locale de Rio. Au départ orthopédiste et grand sportif, rien ne le destinait à la mode. Osklen est donc le fruit d’une réflexion qui vient de la nature ( Rio), du corps (orthopédisme) et du sport. A Rio De Janeiro, nos corps sont libérés, exposés, et trouvent leur place naturelle dans l’environnement luxuriant qui les entoure. On oppose trop facilement les notions de sport et de mode. Or ces notions ont tout intérêt à se raprocher. La mode « européenne » semble aujourd’hui résolument tournée vers le passé. Cela traduit l’expression d’une société en crise qui trouve refuge auprès d’un passé plus optimiste. Le sport, de son côté, a toujours eu la tête tournée vers le futur, vers la performance, vers la recherche technologique.  Associer à la mode une réflexion sur le sport est un moyen de la forcer à regarder vers l’avenir.

Nous avons du mal à cerner Osklen au premier abord car nous sommes relativement peu familiers au mélange de ces notions. Si vous interrogez un des créateurs de la Fashion Week Parisienne il vous dira certainement qu’il trouve son inspiration dans les archives de telle ou telle Maison de couture, ou dans les illustrations et photos de telle époque ou encore dans l’esthétique de tel ou tel autre film. Oskar  Metsavaht ne travaille pas de cette façon. Comme beaucoup de créateurs brésiliens il a les deux pieds bien ancrés dans notre époque, et la tête qui regarde en direction de l’avenir. Je suis la première à aimer les choses qui viennent du passé. C’est mon côté « fille vintage« . Mais il faut bien admettre que nous devons aussi laisser aux générations suivantes une mode contemporaine qui traduira notre époque. Dès lors que l’on comprend cela, le travail d’ Osklen prend une toute autre dimension.

Osklen n’est pas une marque qui suit les tendances de la création mondiale. C’est  un laboratoire  indépendant de réflexion sur le corps et sur la Nature (et donc sur la société qui les abrite) le tout en essayant d’imaginer l’avenir. En somme pour comprendre la richesse d’Osklen il faut avoir les pieds sur Terre et la tête dans la Lune….

http://www.osklen.com

 

 

 

 

 

 

 

Un jour, grâce à un ami, j’ai découvert que la notion du temps était mathématique. La sensation du temps qui passe est relative au temps déjà écoulé depuis notre naissance. C’est pour cela que vous aviez l’impression qu’une année  passait si lentement quand vous étiez petit. Par exemple, pour un enfant de 7 ans, une année passée correspond à 1/7 soit  0,143. Pour un adulte de 47 ans cela correspond à 1/47 soit 0,021. En somme, une année passe 6,80 fois plus vite à 47 ans qu’à 7 ans.

Tout ça relativise les écarts d’âge et de génération. Une fois encore ces différences sont sociales et non « naturelles ». En arrivant au Brésil j’étais surprise que notre groupe d’amis soit composé d’un joli bouquet de printemps différents. En s’expatriant, nous avions laissé une grande partie de nos conventions et carcans sociaux, si bien que l’âge n’était plus une barrière.  Et qui plus est, nous étions même incapables de deviner nos âges respectifs.

A Paris, je savais instantanément donner l’âge de quelqu’un. Mais il faut être honnête, j’étais aidée par une multitude de signes: si une personne me parlait de son BAC A1 et de « Zora la Rousse » je savais qu’elle avait plus de 35 ans. De même, si j’entendais « Noctanbus » ou  » Licence, Maîtrise  » je pouvais deviner qu’elle avait pile mon âge soit la petite trentaine. Enfin, si je rencontrais quelqu’un qui me glissait plus de 3 fois « TAVU » dans la conversation et qui racontait qu’elle avait un portable au lycée j’en déduisais vite que le cap des 25 ans n’était pas encore franchis.

Ainsi libérés des frontières de nos années de naissance, nous découvrions des personnalités et nous les laissions s’exprimer. Nous étions tous rassemblés par la grande aventure du Brésil, et cette identité  collective était plus forte que toutes les autres. C’est une nouvelle ouverture d’esprit que permet le voyage : celle du relativisme générationel. Des grandes amitiés se sont créées, des couples se sont trouvés. Entre 22 et 37 ans le coefficient de différence n’est plus que de 1,66. Un bien petit chiffre si on y pense…

On a bien des choses à s’apprendre entre générations. Nos différences font notre richesse: «  Il y a deux manières d’être un homme parmi les hommes. La première consiste à cultiver sa différence, la seconde à approfondir sa communion ».

Ma génération est celle qui a eu André Malraux au programme du Baccalauréat et je le remercie pour cette citation.

%d blogueurs aiment cette page :