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Archives Mensuelles: avril 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De temps en temps, j’aime utiliser des mots désuets. Ces mots que seules mes grands-mères utilisent. Toute mon enfance, en vacances dans le bastion familial Niçois, j’ai entendu: »retire ton costume de bain il est mouillé! » ou alors  » en costume de bain les enfants! ». J’ai toujours aimé les maillots de bain. Il m’est arrivée de m’occuper des achats de la partie Bain de Mer d’un Grand-Magasin. Je connaissais toutes les marques, j’en faisais venir certaines d’Israel, des Etats-Unis ou même d’Australie. Jamais du Brésil. Je jugeais les formes beaucoup trop sexy. Impossible de mettre un mini bikini échancré sur une plage de Quibreron ou de Belle-Ile. Vraiment, je pensais  tout connaître sur le sujet… Mais ici j’ai du tout réapprendre.

A mon premier voyage j’en avais emporté une dizaine. Des formes vintage (années 50), culottes basses et frous frous à la Marilyn très en vogue il y a deux saisons. Charmants à Saint-Malo. Oui. Mais ridicules à Rio. Pendant tout le séjour mes amis se sont moqués de mes « culottes de mamies ». C’était la première fois que je me sentais « pas du tout dans le coup », et quand « être dans le coup » est l’essence même de votre métier, cela fait un peu mal à l’égo. En m’installant à Rio j’avais la pression: je devais passer au maillot de bain brésilien.

Un maillot ici s’achète à la plage, entre les vendeurs de bières fraiches et ceux de biscuits Globo. Aussi naturellement que les Havaianas sont au Supermarché au milieu des ananas et des kiwis. Pour 50 Reals ( soit 22 euros) vous avez deux hauts et une culotte. Le haut est un bandeau coqué.  Vous pouvez faire « toc toc » ça sonne creux. Il y a des centaines de couleurs, d’imprimés. Jusque-là tout va bien. Vous devez choisir des couleurs différentes pour les deux pièces. Enfin surtout pour le haut, car la culotte tiendra plus de la touche de couleur que du choc chromatique tant sa taille est… minuscule. C’est un tanga. Echancré sur les hanches, très dégagé sur les fesses. La première fois qu’on essaie on a l’impression de ne pas se reconnaître. Tout est une histoire de proportions. Si vous réduisez la taille du tissu de la culotte, le rapport cuisses/fesses change. En un mot vos cuisses ont l’air énormes. Au deuxième essai vous réalisez que ça dégage relativement bien la jambe et que ça allonge. Au troisième essai vous vous dites que ça fait vraiment de plus jolie fesses. Enfin, vous serez définitivement convaincues quand on vous prendra instantanément pour une Brésilienne à la plage. Et oui… Le truc pour reconnaître les gringos c’est de regarder le maillot de bain…

Maintenant je n’ai plus qu’à retourner à Nice avec mon nouveau bikini-bicolore-fluo-coqué-minimisé du bas. Non, en fait je ne tenterai pas. Passer au costume de bain brésilien à Rio c’est s’adapter. Le rapporter à Nice, c’est un peu … »Cagoler ».

Loin de moi l’idée d’avoir tout compris aux relations amoureuses à la Française. Qui plus est, aux relations «  parisiennes », qui relèvent d’une complexité hors de toute portée. Mais je dois avouer qu’il faut un temps d’adaptation pour cerner les codes amoureux au Brésil. A peine débarqué, on vous embrouille. Ici il faut « ficar » (rester) ou « namorar » (sortir avec quelqu’un ?).

O que é isso ??

Avant d’expliciter tout ça, je pense qu’il est bon de faire le ménage devant notre porte.

Chez nous, quand on vient de rencontrer quelqu’un (disons les 3 ou 4 premières semaines) on ne sait pas trop quoi dire. Voir, on ne dit rien du tout. Enfin moi je ne dis rien du tout au grand dam de mes copines, et particulièrement de mon amie L qui se plaint depuis bientôt 17 ans de mon côté « tombe » et de la non fraîcheur des informations que je lui donne au compte goutte.

Bref… Au bout de ces quelques semaines de relation normalement exclusive et continue (mais dans le fond comment savoir ?), on ose « nommer » le nouvel entrant. On l’appelle « mon copain », et on lui ajoute discrètement l’adjectif « nouveau » qui vient un peu atténuer une signification trop radicale.

En réalité, on y est obligé. Car au bout de ces 3 ou 4 semaines on a forcément été « grillé ». Soit par ce qu’on envoie 10 fois plus de textos qu’en temps normal ou soit par ce qu’on vous a vu accompagné dans un bar, ou à une terrasse de café. Ou, dernière option, vous aussi vous avez une amie L qui vous demande précisément ce que vous avez fait chaque soir de la semaine du Lundi au Dimanche, puis une heure plus tard (quelle stratège !),  vous pose la même question mais cette fois à l’envers du Dimanche au Lundi : là, c’est trop dur je me coupe à tous les coups.

Au Brésil, dans un premier temps, le nouvel entrant est automatiquement un Ficando. Il y a des exceptions, mais dans l’ensemble j’ai l’impression que c’est ainsi. La relation est régulière, mais pas toujours exclusive. Elle se vit au jour le jour et peut s’arrêter à tout instant, sans explication. La grande différence avec la France, c’est que les deux protagonistes sont parfaitement au courant. Mieux que ça, le Brésil tout entier est parfaitement au courant. Cela fait partie des codes culturels. Les règles du jeu sont claires dès le départ. Plus besoin de devoir donner à son entourage une explication ou un ressenti sur une histoire qui débute ! C’est du « ficando », basta. Le jour où vous et votre ficando vous sentez d’attaque pour « namorar » (autrement dit sortir ensemble pour de vrai), vous en parlez. Puis vous décidez, et vous annoncez.

L’équivalent de l’étape Namorar pourrait être chez nous le fameux dîner où vous présentez votre nouvel acolyte à tous vos amis. Franchement, il faut être sacrément accroché pour affronter avec le sourire un groupe soudé qui va passer la soirée à vous examiner.

D’un point de vue plus général, les brésiliens sont francs et directs. Dans le fond, le comportement amoureux est le même des deux côtés de l’Océan : il faut du temps avant de savoir si on va avoir une véritable histoire avec quelqu’un. Mais nous n’avons que le mot « copain » et le verbe « sortir avec », qu’il s’agisse d’une histoire d’une semaine ou d’une vie. Nous, Français,  n’assumons pas dans la forme ce que nous pratiquons dans les actes. Mais c’est dans l’ADN de notre pays d’être attaché à la « forme » plus qu’au « fond » même si elle va à l’encontre de la nature humaine.

Vous avez bien dit pays du Romantisme ET du Libertinage ?

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Si mon amie B ne m’avait pas rabâché les oreilles avec le Musée Carmen Miranda de Rio, je n’y serais probablement jamais allée. Mais après son départ, c’est vite devenu mon obsession. D’abord par ce que j’avais de Carmen le doux souvenir d’un ballet de bananes géantes ( The lady in the tutti frutti hat), et ensuite par ce que c’est un musée loufoque, complétement décrépi et que tout le monde se moquait gentiment de cette nouvelle lubie.Effectivement, de l’extérieur on dirait la carcasse abandonnée d’une soucoupe volante et l’intérieur ressemble au hall d’entrée de la MJC de Brétigny-Sur-Orge : pas vraiment l’idée qu’on se fait du Musée d’une star internationale.Il y a peu de pièces d’origine, l’éclairage est atroce et on regarde un DVD qui saute sur des chaises en plastique.Mais qu’importe, ce qui compte c’est l’expérience de la démarche : je suis allée à la rencontre de Carmen Miranda.

Regarder une comédie musicale de «  la Bombe brésilienne » c’est un peu comme regarder un Jackson Pollock pour la première fois. En mieux. D’abord il y a ce petit bout de femme (1m 53) à l’énergie atomique. Ses chansons si gaies, son sourire, ses clins d’œil, ses mimiques. Puis il y a le style. Inimitable. Oui, bien sûre Carmen Miranda était populaire aux Etats Unis par ce qu’elle était exotique. Mais son style dépasse largement le costume folklorique. C’est une explosion d’imprimés, sequins, plumes, colliers et bracelets qui scintillent dans cette si jolie image vintage des années 40.

Je suis très surprise que Carmen Miranda n’ait pas encore eu sa « Biopicture » Surtout que sa vie vaut largement le détour. Portugaise émigrée dès l’enfance au Brésil, elle devient très jeune « uma figura Carioca » grâce à un radio crochet. En 1939, un producteur américain la remarque et la fait débarquer à Hollywood. S’en suivent pléthore de films et de comédies musicales. Nous sommes en pleine Seconde Guerre Mondiale, le public Américain a besoin d’un « entertainment » joyeux et coloré. De plus, célébrer une star Sud Américaine permettait de sceller dans la bonne humeur la récente très bonne entente entre les Etats-Unis et le Brésil.Mais il y a aussi une partie « off » parfois très drôle : Carmen s’était fait refaire le nez de manière catastrophique. Comme elle enchainait un nouveau film dans la foulée et n’avait pas le temps de se faire réopérer, elle porta un nez postiche camouflé sous une épaisse couche de maquillage pendant tout le tournage. A côté de cette anecdote, le sixième orteil de Marylin fait pâle figure.

Le côté sombre de ce «  joyau brésilien » c’est une vie privée impossible. Plus de deux spectacles par jour pendant des années, des voyages à répétition et l’enfermement dans des rôles stéréotypés la plongent dans la dépression puis l’alcool et les médicaments. Elle meurt prématurément d’une crise cardiaque à seulement 46 ans. De Beverly Hills son corps fut rapatrié ici à Rio, où 500 000 personnes suivirent le cortège en chantant ses succès…

J’aurais bien aimé que Carmen Miranda vieillisse. Je suis sûre qu’elle serait devenue une icône de mode. Une sorte d’Iris Apfel version Amérique Latine. J’aurais adoré la rencontrer à 90 ans avec des turbans colorés dans les cheveux et des dizaines de rangées de colliers autour du cou. Elle aurait encore certainement ses compensées en plexiglass et un rouge à lèvres explosif habillerait son merveilleux sourire. Je l’imagine volontiers exploser de rire en me hurlant : «  Banana is my business ! ». Rien qu’en y pensant je sens mes joues se tirer et mes dents prendre la lumière: merci Carmen j’ai le sourire « Banane » pour la journée …

Documentaire sur Carmen Miranda de Helena Solberg : Carmen Miranda : Banana is my Business

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