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Archives Mensuelles: avril 2012

 

 

 

 

 

 

 

La première fois que j’ai rencontré André Niemeyer, Vassia et Dani Tolstoï, c’était chez eux, dans cette maison en communion totale avec la nature perchée sur la colline de Vidigal. Ils font partie des toutes premières personnes que j’ai rencontrées à Rio, et ne sont pas totalement étrangers à ma venue ici. Il flottait dans cette maison une atmosphère électrique: un mélange d’amour, de créativité, de fête et de jungle tropicale. Je sentais cette ambiance grandir en moi tout comme le lichen envahit les arbres et les objets de leur maison. J’étais « cuite », j’avais été V I D I G A L I S É E  pour la vie.

André venait de revenir de plusieurs années passées en Europe. Créateur de mode, il avait collaboré avec le couple Clements Ribeiro à Londres. Plasticien et peintre, il avait aussi participé à de nombreux projets et expositions à Paris. « Carioca da gemma » ( Carioca originel), ses racines l’avaient rattrapé et ramené dans son Rio natal. Vassia quant à lui, Parisien aux multiples origines, avait depuis longtemps posé ses valises au Brésil. Merveilleux jardinier, il avait rapporté de France et de Russie des boutures de lui-même qui, par multiplication végétative avaient donné naissance à un nouvel individu: Vava, photographe et directeur artistique de talent.

Il va sans dire que la symbiose artistique de ces deux  personnages allait vite éclore: laissez 2 graines de génie pousser au milieu d’un terreau fertile, arrosez de soleil, des pluies de Décembre et de Janvier, d’amitié, et d’émulation intellectuelle et vous obtiendrez une collaboration artistique qui marquera son époque.

J’étais de retour à Paris quand j’ai appris qu’André et Vava avait lancé une marque de Prêt-à-Porter: André Niemeyer. Le résultat était au delà de mon espérance.

Leur collection se compose de robes, kaftans, blouses, chemises et sarouels. Les formes douces et sensuelles d’une élégance décontractée, presque « babachic », enveloppent le corps dans un mouvement aérien. Les matières sont d’une rare exclusivité. Des soies, en pongé ou taffetas, qui caressent doucement le corps comme les feuilles d’un Goyavier. La femme Niemeyer ne porte pas seulement un vêtement. Elle épouse un mouvement, une attitude. La plupart des modèles ont des imprimés uniques. Beaucoup ont été créés à partir de photos de Vassia. Il y a un vrai travail de recherche pictural derrière chaque modèle. Multipliées, agrandies ou même floutées, ces images en mouvement donnent une dimension résolument contemporaine à la marque.

Je ne peux m’empêcher de voir Dani, l’épouse de Vassia, à l’essayage de chacune de ces pièces. Dani, merveilleuse muse dont le sourire et la sensualité semble avoir contaminé par magie chacune de leur création.

Face à tant de talent, nous avons toutes envie de faire partie du jardin d’André Niemeyer et de Vassia Tolstoï. Il nous suffit d’enfiler une robe et de nous laisser envahir par l’amour, la force et le talent de ces deux merveilleux jardiniers. Nous deviendrons ainsi les belles plantes du jardin d’Eden-Vidigal, prêtent à séduire un monde dénaturé qui aurait bien besoin d’un peu de poésie …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand on arrive au Brésil, et plus particulièrement à Rio de Janeiro, il faut apprendre à composer avec un accessoire de mode que l’on utilise peu en Europe: son corps. La première raison est qu’il fait chaud, voire très chaud. Et que vous ne supportez que peu de vêtements. Ensuite, bien qu’étant dans une ville, la nature est omniprésente et cela vous ramène plus ou moins directement à ce qu’il y a de plus organique en vous. VOUS.

La forme la plus répandue d’accessoirisation du corps est le tatouage. Ici, tout le monde est tatoué. Encore hier soir on s’est étonné  » Mimi tu n’as aucun tatouage?? vraiment aucun? même pas un petit  caché? » et bien non…

Cela m’a pourtant souvent traversé l’esprit. J’aime l’idée de marquer son corps à un moment précis de sa vie ( pour se rappeler quelque chose)  et d’en garder une trace. Seulement ça reste dans le domaine du signe intime pour moi, c’est un peu du même registre que la lettre que l’on se poste à soi même pour plus tard quand on est enfant.

Mais à Rio la donne est différente. Ici, il faut « consommer » le tatouage. C’est une envie subite, une lubie d’un jour, un accessoire de beauté sans lequel vous vous sentez complètement nulle.  Ne pas avoir de tatouage, c’est un peu comme n’avoir jamais acheté un bijoux chez H et M: pourquoi s’en priver? Maximum d’effet pour mini dépense ( si on considère pour le tatouage la longévité de ce dernier). Ici on ne se tatoue pas pour être différent. On se tatoue pour dire qu’on est là, qu’on existe. Ce qui donne des résultats parfois étonnants pour nous Européens.Les tatouages ont des tailles bien plus imposantes que chez nous. Beaucoup de filles ont tout le mollet tatoué ( souvent des formes de lianes), mais aussi le dos, les bras « version papier peint », le cou avec des noms ou des phrases calligraphiés. La plupart des tatoués sont d’ailleurs plus « mainstream » qu’ « underground ». Il y a aussi des choses différentes, belles et atypiques comme le tatouage à l’encre bleu de ma copine F en photo.

En somme la peau est au Brésil le support le plus facile pour exprimer son style, sa mode, son attitude. Et personne ne se pose ici la question: « mais quand tu seras vieux, ça sera bizarre, non? »

Je pense que les tatouages sont la mode et l’expression de notre génération et que cette mode vieillira avec nous. On ne trouvera pas plus étrange dans 40 ans, un vieux tout tatoué qu’un vieux en béret basque et gilet aujourd hui. En effet, le béret et le gilet sans manches étaient des trucs de « jeunes » avant d’être des trucs de « vieux ». La mode de l’époque a vieilli avec eux et est devenue ringarde. Si ça se trouve nos petits enfants se moqueront tendrement de nos tatouages:

« Les tatouages? pfff… un truc de papy!! « 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand on me demande ce que je fais au Brésil, et que je réponds  » je source de la mode Brésilienne », inévitablement on me regarde un peu de travers.  Les gens ne comprennent pas qu’une acheteuse de Grands-Magasins parisiens soit venue s’exporter au Brésil.  » Mais tu trouves des choses ici? », » il y a quand même tellement mieux en Europe! » sont des phases que j’entends quotidiennement. Tout ici est une histoire de relativisme culturel et de création. Et ces deux points sont indissociablement liés. Je suis venue chercher ici ce que seul un pays ou une société en pleine transition est capable de donner. Que ce soit en photo, peinture, architecture ou mode ils produisent les traces de l’expression de leur nouvelle identité. C’est l’enregistrement à l’instant T de leur nouvelle prise de parole face au reste du monde.

Marzio Fiorini est un créateur de bijoux. Oui, mais des bijoux en borracho, c’est à dire en caoutchouc.Le Brésil est un des premier pays producteur de cette incroyable matière complètement recyclable. Et je n’avais jamais vu un tel résultat sur cette matière avant de le rencontrer.Marzio a eu plusieurs vie. Dans l’une d elle il avait une marque de prêt-à-porter. Un jour, il voulait créer une chemise avec une trentaine de boutons de couleurs différentes. Mais les matières utilisées ne lui permettaient pas d’obtenir le rendu désiré. Il a donc décidé de les faire refaire, mais cette fois-ci en »borracha ». Coup de foudre immédiat avec la matière. Après un an de recherches et d’essais, il décide de s’y consacrer exclusivement en lançant une marque de bijoux.

Cette matière permet des formes et des couleurs à l’infini. Ces Joias de borracha ( joyaux de caoutchouc) se posent sur la peau, comme le souffle du vent frais qu’on attend tous, le soir venu au Brésil. Ils sont si légers qu’on les oublie, et en croisant son reflet dans un mirroir, on se ravit de sa parure -parfois géante- qu’on sent à peine. Les découpes et les couleurs  me rappellent l’extraordinaire végétation qui nous entoure ici. Sur la peau, c’est la puissance de la nature  grâce à cette matière complètement organique. Chaque pièce est un concentré de gaité et de bonheur. Bref, vous avez envie de danser nue sous une pluie d’été Carioca, avec comme seuls vêtement ces lianes de caoutchouc…

Voilà, je suis venue chercher au Brésil une mode qui synthétise le mieux son époque dans une unité de  lieu et de temps. Les créations de Marzio sont sont fortes, puissantes et gaies. Comme le Brésil d’aujourd’hui, et elles se composent d’une matière naturelle 100% locale.

je ne suis pas à la recherche d’une mode qui serait capable de détrôner la création Française. Je ne suis pas ici pour faire le darwinisme de la création mondiale. Mais j’aime la mode quand elle fait sens, et Marzio Fiorini est un créateur qui a tout compris.

http://www.marziofiorini.com/




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